* SI SODOME M’ETAIT CONTE (Genèse 19/ 1-14)

Bible.

SI SODOME M’ETAIT CONTE…

Genèse 19/1-14

« Les deux anges arrivèrent le soir à Sodome. Alors que Loth était assis à la porte de Sodome, il dit : ”De grâce, mes seigneurs, faîtes un détour par la maison de votre serviteur. Passez-y la nuit”… » Ainsi débute le récit du mythe de Sodome et Gomorrhe. Je dis « mythe » car il est impossible de remonter au fait réel ou inventé qui en est la source. Par contre ce récit a été répété des milliers de fois. Le soir à la veillée, poli et repoli par le travail des conteurs qui l’ont chargé d’un sens qu’il faut nous approprier. Si le fait générateur nous est inconnu, le contexte dans lequel il se déroule est plus accessible.

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En fin de néolithique, deux modes de vie s’affrontent : le nomadisme des bergers traditionnels et la vie sédentaire des récents agriculteurs. Tout les oppose : les bergers bédouins sont à la recherche de pâtures et broutent à l’occasion les cultures des agriculteurs. Ils ont une réputation de pillards. Par contre ces nomades pratiquent une hospitalité légendaire, encore vivante de nos jours. On n’est jamais seul dans le désert.

Les sédentaires construisent des murailles pour entourer leurs villes et se méfient de tous les étrangers qui sont des ennemis potentiels. De nos jours, l’arrivée sur un parking d’un clan de manouches donne une idée des tensions de l’époque…

Loth est bédouin d’origine, toléré dans la ville de Sodome (verset 9). Il est à la porte de la ville et voit entrer deux « angelos » (messagers, en grec, envoyés). Non pas deux anges avec ailes et plumes comme nous nous les représentons, mais deux « envoyés de Dieu » car au désert, tout voyageur est envoyé de Dieu et accueilli comme tel. Il les presse d’accepter son hospitalité.

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L’urgence est d’autant plus grande que Loth connaît la suspicion des sodomites et leurs pratiques expéditives. L’usage veut que tout prisonnier de guerre soit moralement anéanti. Pour cela, il est sodomisé. L’homme libre qui a été pénétré n’est plus un homme digne de ce nom. Il est moins qu’une femme qui, à l’époque, n’avait pas grande place. Il n’est plus rien. Inutile de le marquer au fer rouge, de le parquer. Il ira cacher sa honte et ne jouera plus aucun rôle social. Cette pratique est générale dans le bassin méditerranéen de l’époque. De nos jours encore, la suprême injure est le terme d’« enculé » qui dit que vous n’êtes pas un homme digne de ce nom.

Loth – et c’est là sa vertu – sait qu’ils seront considérés comme des espions et qu’ils auront à subir les derniers outrages s’ils dorment sur la place publique comme ils en ont l’intention.

Il les reçoit, à la mode du désert. A la nuit tombée ses craintes se réalisent. Tourists are heated at a fire at night

« Où sont les hommes qui sont venus chez toi cette nuit ? Fais-les sortir vers nous pour que nous les connaissions » (verset 5). Non pas savoir qui ils sont mais les « connaître » bibliquement et par-là les déshonorer. « De grâce, ne faites pas ce malheur ». En bon bédouin, Loth a reçu ces hommes de la main de Dieu et il doit les rendre à leur route le lendemain.

Pour lui, le respect de l’intégrité physique et de la dignité de ces envoyés est telle qu’il suggère aux sodomites de déshonorer ses deux filles en lieu et place de ces hôtes sacrés (verset 8). Cela nous choque. Peut-être s’agit-il d’un artifice des conteurs pour signifier jusqu’où vont les exigences de la conscience de Loth ? La scène se termine dans la confusion et le lendemain, Loth et sa famille devront fuir. La ville sera détruite.

Une lecture fondamentaliste de ce texte a fait dire que le péché des sodomites était dans la relation sexuelle dite « contre nature ». Le terme de « sodomie » a donc désigné la relation sexuelle de deux hommes entre eux, qu’il y ait pénétration anale ou non. Au nom de cette lecture, on a rejeté, condamné, éventuellement brûlé ceux qui s’y adonnaient.

Le crime des sodomites n’est pas là. Two multi racial hands

Ils ont refusé d’accueillir deux étrangers et ils ont cherché à les anéantir par un viol collectif. Plus que le viol, c’est la signification de ce geste, l’intention qu’ils y mettent qui sont criminelles. Rappelons que cette lecture est celle du Christ. En Matthieu (10 verset 15), les villes du lac ont refusé d’accueillir Jésus. Les apôtres proposent de faire tomber sur elle le feu du ciel. On reconnaît la sanction de Sodome. Jésus renvoie cette sanction au Jugement dernier.

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Voici donc deux garçons ou deux filles qui s’aiment depuis dix ou vingt ans, qui se font exister mutuellement dans la tendresse qu’ils échangent. Et certains voudraient juger une telle relation basée sur l’amour et le respect mutuel à l’aune d’un viol collectif ? Quel contresens !

Pendant deux millénaires, on a pu exclure, déshonorer, voire détruire des personnes en utilisant un texte qui a pour visée de défendre l’étranger, promouvoir le respect de la différence, rappeler la dignité absolue due à toute personne.

Au fait, qui sont les sodomites d’aujourd’hui ?

(texte actualisé par Jacques Fraissignes, « conteur », prêtre et pêcheur d’hommes – août 2016)