Tous les articles par Webmaster Pêcheurs

* HOMELIE à l’occasion d’un temps de prière avant un mariage civil d’un couple gay

Homélie (Luc 24, 13-35)

     

JP et Rayan, je vous ai proposé plusieurs textes de la Bible pour vivre cette célébration et vous m’avez dit avoir été dans l’embarras pour choisir, tant il y en avait qui vous touchaient et étaient porteurs des valeurs qui vous tiennent à cœur. Vous vous êtes arrêtés au texte de Saint Paul qui nous rappelle combien l’amour, pas seulement l’amour conjugal, mais la réalité de l’amour, est vitale en toute relation, mais aussi dans les réalités quotidiennes pour vivre en société, dans le monde. Réalité vitale mais exigeante car l’amour est parfois égoïste et ce n’est plus l’amour. Quand on aime en vérité, on ne se donne pas comme horizon sa propre personne, mais l’autre, les autres. L’amour vrai se construit et se vérifie au fil du temps. Il a toujours besoin d’être purifié des inévitables replis sur soi. Il est toujours appelé à dépasser les malentendus et les déceptions pour aller parfois jusqu’au pardon. Quand on aime, on ne cherche pas à fabriquer l’autre à son image mais on l’accueille dans sa vérité  comme il nous accueille avec nos grâces et nos pesanteurs. L’amour est donc un échange réciproque qui fait vivre !

    

Le second texte est un des plus beaux passages de l’Evangile. S’il fallait lui donner un titre, je l’intitulerai la Bonne Nouvelle de l’espérance. La merveille de cet évangile, c’est qu’il est d’une brûlante actualité, d’une grande finesse psychologique et spirituelle. Chacun peut se glisser dans la peau d’un des personnages, avec son histoire personnelle, ses réussites ou ses échecs, ses questions et ses projets. La vie y est décrite comme une route. Une route, c’est engageant, c’est dynamique alors que les tentations de s’arrêter, de s’enfermer, de s’isoler, sont mortifères. L’Evangile nous décrit deux individus sur une route. On les appelle des disciples. Cela veut dire qu’ils avaient créé une relation d’amitié avec Jésus au point de l’accompagner dans sa mission. Mais la mort de Jésus les a séparé de lui et les a effondrés. On les comprend. Il nous arrive d’être découragés et sans force lorsque survient une épreuve. Les deux disciples retournent en arrière. La route qu’ils avaient empruntée leur apparaît comme une impasse, plus encore : une illusion ou une tromperie. Ils quittent Jérusalem, le lieu qui leur rappelle la souffrance et la mort de Jésus comme il nous est parfois impossible de revenir sur un lieu qui évoque trop de douleurs ou de déceptions. Notre route, aux uns et aux autres, est parfois une route où l’on avance à vive allure parce que l’existence est sereine et parfois une route rude et escarpée où il faut prendre son courage à deux mains, ne pas laisser les vagues de la peur nous épuiser. Vous l’avez remarqué, les deux disciples marchent, sans doute sans savoir où ils vont et ils parlent. Leur parole rumine leur douleur. Ce n’est pas une parole qui les fait progresser mais les tient encore dans la tristesse et les regrets. Ils ont besoin qu’un troisième se glisse à l’improviste pour les aider à prendre de la distance. Quand on a le nez sur le volant, on ne voit plus la route et on risque d’aller dans le mur, surtout, on a une vue faussée de la réalité, comme les deux disciples aveuglés. Ils consentent toutefois à se laisser rejoindre par une présence réelle et discrète, qui ne jugera pas  leur souffrance mais l’écoutera. Une présence qui pose les bonnes questions, même si elles sont redoutables parce qu’elles appellent à sortir de soi, à préciser ce que l’on veut vraiment, à grandir ! Une présence qui fait mettre des mots sur ce que l’on vit, pour ne pas se laisser gouverner par les émotions ou l’opinion public. Une présence qui permet de retrouver l’estime de soi quand on a pu la perdre.

         

Rayan et JP, vous pouvez vous reconnaître dans cet évangile, vous pouvez reconnaître aussi tous ceux et celles qui vous ont rejoint sur votre route. Des étapes, non seulement pour vous accepter personnellement dans votre orientation affective et assumer votre passé, mais aussi pour décider de vivre ensemble, pour que votre amour mutuel soit accueilli et reconnu, non comme une perversion mais comme un chemin possible, ni supérieur ni inférieur aux autres, le vôtre, comme d’autres le vivent aussi, les uns avec liberté, les autres dans la culpabilité. Vous vous êtes épaulés comme les deux marcheurs de l’Evangile. Parfois vous avez eu la tentation de baisser les bras, vous sentant seuls et jugés. Mais votre foi, exprimée différemment l’un et l’autre, vous a ouvert le cœur à la présence secrète du Christ, à sa confiance infinie, non pour vous donner des certitudes mais pour affronter le doute et de croire en un avenir possible. Votre foi ne crée pas un cocon à deux, elle vous ouvre aux autres, à vos familles, à vos amis, à celles et ceux qui croisent votre route. Votre souci de l’accueil, du soutien, du partage est le signe que l’Esprit de Dieu est à l’œuvre dans votre vie. Votre prière pour les autres, pour vos proches, pour les personnes éprouvées est un signe fort de votre foi mais aussi de votre amour des autres. Car prier, ce n’est pas démissionner, c’est aimer les autres devant Dieu !

     

Dans l’évangile, petit à petit, les deux disciples vont passer de la peur à la confiance, de l’aveuglement à la clairvoyance, du cœur glacé au cœur brûlant, de la tristesse à la joie, d’une marche errante à l’audace du témoignage. Leur vie va ressusciter, renaître ! Et cela parce qu’ils vont laisser le Christ vivant les rejoindre, les écouter, les instruire, leur partager son amour et sa paix. Quand on laisse le Christ nous rencontrer, entrer dans notre cœur, dans notre univers quotidien, on ne perd pas son temps, on gagne en espérance. Mais il faut consentir, humblement, à recevoir une autre parole, une autre présence que la nôtre.

   

Emmaüs est le nom d’une localité de Palestine où des désespérés ont retrouvé la vie et la joie. JP et Rayan, à votre tour de faire de votre vie, de votre maison, une auberge d’Emmaüs, où croyants ou non, découvriront que seul l’amour est digne de foi, que Dieu leur est proche et les accompagne. 

                                                  P Baby

* ACCUEIL et PRIERE DE BENEDICTION pour un COUPLE GAY

TEMPS DE PRIERE POUR Rayan ET JP

septembre 2017

 

Accueil

A la suite de Rayan et de JP, je vous rejoins bien volontiers, pour porter dans l’affection et la prière la vie commune de Rayan et de JP, et surtout ce pas important et volontairement définitif qu’ils réalisent pour continuer la route engagée ensemble.

Vous l’avez entendu dans le beau témoignage de Rayan, témoignage personnel mais dans lequel JP se reconnaît pour une bonne part, il y a tout un chemin de foi et d’amour, mûri à travers bien des épreuves et des questions, mais assumé dans la confiance l’un envers l’autre mais aussi grâce à vous tous qui les entourez aujourd’hui, grâce à votre compréhension de leur chemin. Sans oublier la lumière et la force de Dieu qui traversent chacune de leurs paroles.

Vous le savez, si la célébration à la mairie à laquelle vous participerez est un vrai mariage civil, ce temps spirituel que nous partageons ensemble n’est pas le sacrement du mariage. Rayan et JP en sont pleinement conscients et d’accord. Qu’il n’y ait donc de méprise ou de fausse publicité pour personne ! Ce moment de pause, d’écoute de textes porteurs de valeurs et de foi qui comptent pour Rayan et JP, ce temps de prière, n’en est pas pour autant inconsistant et insignifiant. Rayan l’a évoqué : le pape François, dans la lumière de l’Evangile, cherche à ce que l’Eglise, les communautés chrétiennes soient accueillantes à toute personne, quel que soit le chemin qu’elle prend. Même si persistent encore beaucoup d’incompréhension, d’indifférence ou de rejet, ce qui n’est pas spécifique à une frange de chrétiens : soyons honnêtes, mais répandu dans beaucoup de milieux, des avancées se font grâce au témoignage de ceux qui cherchent à vivre leur foi dans la situation qui leur est singulière, sans être dans la revendication provocatrice mais avec le plus de cohérence possible et le désir de progresser dans le bien. Ces avancées valent pour tous ceux et celles qui souffrent d’exclusion. Rayan l’a bien dit.

Ma présence avec vous est le signe, hormis l’amitié que je partage avec Rayan et JP, que l’Eglise est ouverte à tous, dans la mesure où l’on cherche à y être épaulé pour vivre sa foi, où on la considère comme une famille où nous n’avons pas simplement à réclamer mais à participer et à partager. C’est le signe de l’amour que Dieu porte à Rayan et à JP et à chacun et chacune d’entre nous quel que soit notre histoire personnelle, nos engagements, nos joies.  C’est le signe que Dieu n’est pas indifférent à leur engagement et les assiste pour qu’ils continuent d’avancer ensemble et rayonnent son Evangile.

 

PRIERE

Seigneur notre Dieu, tu nous vois réunis aujourd’hui dans la joie et dans la paix autour de Rayan et de JP, dans la diversité de nos chemins, chemins douloureux et chemins heureux.

Rayan et JP viennent à toi avec leur vie, leurs espérances et leur volonté d’aimer, ils viennent te dire merci pour ce qu’ils ont reçu de toi.

Accompagne-les de ta lumière et de ta force sur le chemin engagé officiellement aujourd’hui.

Sois leur soutien dans les heures difficiles.

Sois leur joie dans les moments de bonheur.

Donne-leur de grandir dans la foi et l’amour tout au long de leur vie avec les membres de leurs familles et leurs amis.

Que ta Parole les éclaire et les stimule pour fortifier leur vie commune et leurs engagements.

Et, à nous tous qui sommes toujours en apprentissage d’amour et de foi, donne le courage de garder notre cœur ouvert et  notre intelligence en éveil pour bâtir ensemble un monde selon ta Parole de vie !

Nous te le demandons à toi qui es vivant pour les siècles des siècles. AMEN

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

* De la part de JACQUES F.

Lettre de Jacques F. au C.A. du 21-22 octobre 2017 : 

 » Je voulais vous dire merci pour tout ce que j’ai pu partager avec vous et tout ce que vous m’avez appris. Je me limiterai à ce que vous m’avez permis de découvrir dans ma foi.

Le Jésus qu’on m’a proposé durant mon séminaire se disait en concepts abstraits, dogmes et dévotions. Avec vous, j’ai rencontré un homme avec toutes ses contradictions, ses hésitations, ses progrès dans la compréhension du monde où il vivait et sa fidélité à la vie.

Né d’une femme, il a dû apprendre les règles de la vie en société. Il a connu les troubles de l’adolescence, il a dû apprendre un métier, choisir de ne pas se marier. Comme d’autres, il devait avoir des érections au réveil et chercher au jour le jour ce à quoi il était appelé. Un homme de chair et d’os, quoi !

Il a connu le désert, le maquis de l’époque, vrai chaudron de révoltes et de violences. On y trouvait des gens pieux, des illuminés, des zélotes de la loi, des sicaires partisans du coup de force, des gens faillis, des bandits de grand chemin. Parmi eux, il choisira ses apôtres. Tous avaient dû fuir les prédateurs romains. Il a vu un troupeau qui n’avait pas de berger et très vite, il est reconnu comme leader potentiel. On parle de lui comme « fils de Dieu, messie » qui sont les termes qui désignaient Saül, premier roi des Juifs.

Mais il ne veut pas être roi ni prendre la tête de la révolte contre les Romains. Pourtant, il parle constamment de Royaume mais ce Royaume ne ressemble en rien à celui qu’on lui propose. Ce Royaume sera non violent, fruit d’une conversion du regard, basé sur la fraternité. On retrouve ce difficile cheminement dans la tentation au désert.
La qualité de son regard me frappe. Au-delà des apparences, il voit ce que chacun porte en lui comme possibilités de reconstruction et de prise en main de son destin. Sauf chez Jean (mais est-ce Jésus ou Jean qui parle ?) Jésus ne fait pas de discours théologique dans les évangiles. Il part toujours d’un fait concret ou de la rencontre d’une personne et de ses aspirations. Il révèle à celle-ci le regard de tendresse que celui qu’il appelle son Père porte sur elle. C’est dans sa prière que son Père lui a donné de partager la tendresse que lui-même porte à ses créatures.

Il a vu la misère des petites gens de Palestine, opprimés par le prédateur romain et victimes du mépris des riches et des prêtres. Il est ému jusqu’aux tripes de voir leur écrasement. Au-delà des pauvres apparences, il voit des personnes riches de potentialités enfouies au plus profond d’elles-mêmes. Il leur révèle ces possibilités et leur donne la force de sortir par elles-mêmes de leur écrasement. Il résume cela d’un mot : « Ta foi t’a sauvé. » Foi dans la vie comme don de Dieu. Le regard de Jésus mérite d’être sans cesse approfondi.

Plus étonnante encore est sa relation avec les femmes. Celles qui le suivent ont un nom. Elles ne sont pas « femme de…, fille de…, épouse de… » comme c’était la coutume. Elles sont autonomes et disposent de leurs biens. Elles peuvent prendre la parole et certaines vont nu-tête à la mode des hétaïres grecques. Nous sommes loin de la femme soumise, muette et voilée du modèle sémite de l’époque. Elles sont considérées comme pécheresses, non pour leur vie privée mais parce qu’elles ne respectent pas le modèle imposé. Certes, plusieurs ont eu un passé agité et Jésus les en a délivrées. Encore plus étonnante l’hétaïre qui vient au repas chez Simon. Sans qu’elle n’ait dit un mot, Jésus se laisse tripoter par cette courtisane au grand dam du pieux maître de maison qui regarde goguenard. Et Jésus donne sa foi comme modèle et réprimande son hôte. Nous sommes loin du regard puritain et pudibond que les clercs nous proposent depuis des siècles.

Avec Paul, je peux dire qu’il n’a pas retenu sa filiation divine et qu’il s’est fait obéissant jusqu’à la mort et une mort infamante sur une croix. Il a obéi aux exigences de sa conscience et aux appels que les événements lui adressaient. C’est ainsi que Dieu parle à chacun de nous. Jésus a payé de sa vie cette liberté et cette fidélité. C’est pourquoi, en le ressuscitant, Dieu lui a donné un nom au-dessus de tout nom. Je peux célébrer les merveilles que je vois chaque fois qu’un frère ou une sœur vient à la vie car c’est l’œuvre de son Esprit.

Jésus est amoureux de cette beauté de la Création que la folie des hommes met chaque jour en péril. Jésus n’est pas obsédé par le péché. Il le voit chaque jour et constate les ravages qu’il entraine. Il apporte son soutien à ceux qui en sont victimes et les rend à la vie. Il les crée à nouveau.
Voilà le Jésus à qui j’ai donné ma foi. C’est lui qui donne sens à mes rencontres quotidiennes. Il m’a fallu toute une vie pour le formuler de façon à peu près claire. Cet éclairage m’a été donné, entre autres, par l’accueil que j’ai pu faire avec vous de ceux qui n’arrivent pas à faire l’unité entre leur désir affectif et leur foi mais aussi par les tensions que j’ai pu vivre avec vous en 45 ans d’amitié. DJ doit approfondir ce regard que Jésus nous propose et garder son engagement au service de ceux qui sont écrasés par les multiples dénis d’humanité.

Cette recherche en vaut la peine et je veux encore vous remercier de m’avoir aidé dans ce parcours. Vous m’avez permis de retrouver mon humanité et de lui donner du sens. 

Que DJ continue à porter cette lumière ! »

* Prochaine session en FEVRIER 2018

La prochaine session de Pêcheurs d’hommes aura lieu du dimanche soir 25 février 2018 au jeudi matin 1er mars, en région parisienne.

Un temps d’échanges, de prière, de communion, de fraternité, où chacun vient déposer ce qu’il souhaite.

C’est le moment de s’inscrire !

N’hésitez pas à prendre contact

Nous aurons le plaisir d’accueillir le fondateur de la Communion Béthanie, qui nous accompagnera dans nos échanges.

* PAQUES 2017

Pâques 2017

 

Printemps

« A Pâques… la nature reprend ses droits. Nous guettons tous en avril le signal de sa renaissance ; la blancheur des premiers crocus, la fraîcheur des primevères, le jaune tendre des jonquilles. Symboles de fertilité, les œufs que nous cachons au jardin s’offrent depuis l’Antiquité. L’adhésion à la vie qui renaît, le besoin de la célébrer, de renouer avec la lumière est commune à tous les hommes. Elle se double pour les chrétiens d’une promesse spirituelle. »

(Catherine Lalanne. Pèlerin 13 avril 2017)

Lumière pascale

 « Dans les hommages rendus aux victimes du terrorisme il y a toujours le moment du dépôt des lumières parmi les fleurs répandues au sol. De Paris à Nice, de Saint-Pétersbourg à Stockholm, de Berlin à Istanbul, de Londres à Alexandrie, ces loupiotes tremblotantes dans leurs petits godets rouges ou blancs sèment et répètent la faiblesse forte de l’espérance, en dépit de tout. »

(Bruno Frappat. La Croix 15,16,17 avril 2017)

 

A Pâques, la vie nous appelle

 « Non par magie. Non par oubli du deuil. Non parce que nous tournerions la page de la souffrance, des doutes, des questions. Mais parce que la vie a persévéré, discrète, à travers un tombeau vide, au cœur de la nuit, puissante. Rien ne l’arrêtera désormais. Elle courra devant chacun de nous pour nous entraîner et nous arracher à la fascination du malheur. En ce premier jour, oui, le Christ est relevé d’entre les morts. Mais à travers Marie la Madeleine, Pierre et le disciple bien-aimé, c’est vous et moi qui sommes redressés. Avec la marque de nos histoires, de nos mémoires heureuses et douloureuses. Du sein de nos corps fatigués et de nos vies si souvent enténébrées. Oui, aujourd’hui, nous sommes déjà ressuscités. Aujourd’hui, nous sommes réveillés des torpeurs qui tirent vers le fond et veulent nous retenir dans leurs liens mortifères. Aujourd’hui, la Vie de l ‘Ami indéfectible nous appelle, comme jamais. Allons. Partons d’ici. »

(Véronique Margron. La Vie 13 avril 2017)

 

Pâques, le mal et l’espérance

 « Au matin de Pâques, les chrétiens vont professer qu’au–delà de la croix, au-delà de l’innocence suppliciée, le bien et l ‘amour ne meurent pas. C’est un acte de foi et d’espérance. Mais ce n’est ni un refuge ni une illusion ; ils ont la mission d’en être les témoins, c’est-à-dire de commencer à leur porte et à leur mesure à rendre le bien pour le mal. »

(Christine Pedotti. Témoignage Chrétien 13 avril 2017)

La fraternité d’abord

 « A quelques jours de Pâques, nous affirmons que la confiance a le pouvoir de traverser toutes les peurs et qu’elle nous est confiée pour que nous la fassions grandir. Plutôt que de laisser le dégoût, la colère , les peurs nous enfermer dans le ressentiment, ayons le courage de la fraternité d’abord, et la ténacité de faire et de refaire société ensemble. »

(Laurent Schlumberger. Témoignage Chrétien 13 avril 2017)

Jacques C., pêcheur d’hommes, 15 avril 2017

* Rencontres … non institutionnelles !

Une rencontre de prêtres homo dans notre diocèse

Ne rêvez pas ! Cela n’a rien d’institutionnel…

Suite à des rencontres dans des lieux de dragues, le dialogue a été possible entre 2 prêtres de mon diocèse, puis entre 2 autres, toujours à l’initiative du même prêtre qui a osé aller plus loin, proposant une rencontre à 3 (faut-il préciser qu’il s’agissait uniquement d’un repas cette fois-ci !).

Toujours est-il que chaque trimestre, nous nous retrouvons à 3 pour partager autour d’un bon repas, ce qui nous habite. Un 4ème d’un diocèse voisin nous a rejoint.

Une fois par an, les ‘conjoints’ pour ceux qui en ont, sont invités.

Oui il est possible de sortir de l’isolement, se libérer de l’enfermement. Nous avons la chance de vivre un chemin de résurrection. Dans ces fêtes de Pâques je me devais de vous le partager.

 

« Roger », pêcheur d’hommes, avril 2017.

* Vous n’aurez pas ma voix

VOUS N’AUREZ PAS MA VOIX

Le Front national reste plus que jamais un danger pour la société. Un danger aujourd’hui à l’occasion des élections présidentielles et un danger pour demain. Mais qui en a peur ? Qui le combat ?

« Celui qui combat peut perdre. Celui qui ne combat pas a déjà perdu. » Bertolt Brecht

Le Front national n’a cessé de progresser au cours des années et s’est imposé dans le paysage politique. Il s’est nourri du terreau de l’injustice.

Car nous sommes dans une société où de plus en plus de perdants sont laissés de côté alors que les gagnants s’arrogent tous les droits. Une société où le fossé des inégalités se creuse de façon vertigineuse, alors que la corruption prospère. Une telle société qui prive les exclus de leurs droits fondamentaux, ne peut que nourrir les discours anti-immigration et anti-européen du Front national.

Je ne peux oublier que la France, est le pays des Droits de l’Homme, une terre d’asile avec sa tradition d’accueil et son passé d’aide aux opprimés. L’Europe est vouée au métissage.

L’avenir n’est pas dans la fermeture des frontières mais dans la solidarité entre les peuples. Tout homme est un frère.

Je suis scandalisé que des catholiques puissent voter Marine Le Pen, alors qu’un message de fraternité traverse les Evangiles : « J’étais un étranger et vous m’avez accueilli »

Non, le Front national n’aura pas ma voix. Je voterai Emmanuel Macron.

Jacques Gaillot

Evêque de Partenia, et ami

Mai 2017

* Dignité / Indignité

Dignité/Indignité : quel contraste !

 

Mardi 25 avril 2017 : cour de la préfecture de Police à Paris.

Etienne prononce une allocution de grande qualité en hommage à son compagnon Xavier, devant le chef de l’Etat, les élus, les collègues de Xavier devant la nation entière.  « Vous n’aurez pas ma haine.” Cette haine, Xavier, je ne l’ai pas parce qu’elle ne te ressemble pas, parce qu’elle ne correspond en rien à ce qui faisait battre ton cœur, ni à ce qui avait fait de toi un gendarme, puis un gardien de la paix …..Je voudrais dire à tous tes camarades combien je suis proche d’eux. Je voudrais dire à ta hiérarchie policière combien j’ai vu la sincérité dans ses yeux et l’humanité dans ses gestes. Je voudrais dire à tous ceux qui luttent pour éviter que cela se produise, que ces événements se produisent, que je connais leur culpabilité et leur sentiment d’échec, et qu’ils doivent continuer à lutter pour la paix. Je voudrais dire à tous ceux qui nous ont témoigné leur affection, à ses parents et à moi, que nous y avons été profondément sensibles. Je voudrais dire à ta famille que nous sommes unis. Et à tous les plus proches qui ont été si soucieux de moi, qui ont été si soucieux de nous, qu’ils sont magnifiquement dignes de toi.

A toi, je voudrais te dire que tu vas rester dans mon cœur pour toujours. Je t’aime. Restons tous dignes et veillons à la paix. Et gardons la paix. »

http://www.lemonde.fr/police-justice/article/2017/04/25/je-souffre-sans-haine-l-hommage-vibrant-a-xavier-jugele-tue-sur-les-champs-elysees_5117289_1653578.html#UgzH8QUmJM4ghsk7.99

Comment ne pas être ému, ne pas avoir les larmes aux yeux en écoutant un discours d’une telle intensité, d’une telle dignité ? Merci Etienne d’avoir prononcé ces paroles là, ces mots là, pour rendre hommage à Xavier l’homme que tu aimes. Fier d’être français à ce moment là et de savoir que ces paroles sont possibles dans notre  pays aujourd’hui.

Oui quelle humanité, quel amour sont exprimés ! Merci.

 

Mardi 25 avril 2017 et mercredi 26 avril 2017 : la campagne électorale continue.

Christine Boutin prononcent des paroles indignes. Elle appelle à voter pour la candidate du Front National pour d’obscures raisons qui font honte à la foi des chrétiens, pour une pseudo-morale « anti-gay » même si ces mots ne sont pas prononcés, je les entends. Comment peut-elle prononcer des paroles aussi indignes, des paroles d’exclusion, de haine, manquant de grandeur d’âme.

La « manif pour tous » lui emboîte le pas. Même propos haineux. L’extrême droite semble soudain avoir revêtues les valeurs de l’Evangile ; elle semble désirable, respectable, chrétienne.

Comment ne pas avoir la nausée, en avoir les yeux embués de larmes de colères devant ces discours haineux ? Des discours indignes. Honte à ceux qui les prononcent au nom de leur foi, pour des enjeux politiques d’une bassesse indescriptible.

A ce moment là je ressens une grande honte d’être chrétien, d’être français, d’être prêtre. 

Oui je suis en colère !

Mais sont-ils dignes de ma colère ?

* Témoignage de « Baby »

  

             Il y a une bonne dizaine d’années que je connais le groupe « Pêcheurs d’hommes » et que je participe aux deux journées à Paris et à la session annuelle. C’est un ami prêtre, homosexuel comme moi, qui m’en avait parlé à plusieurs reprises comme d’un espace de parole qui lui avait fait du bien. Il a fallu que je vive une relation difficile avec un garçon pour que je prenne au sérieux la proposition d’aller à une session de « Pêcheurs d’hommes ». J’étais perdu, fatigué, doutant de moi-même, ayant besoin de vider mon sac ! Je saisis donc au vol, comme une chance, de me rendre à la session d’été ! Sur la route, à plusieurs reprises, j’ai failli faire demi-tour. Toutes sortes de questions m’envahissaient. D’une part : « Qui vais-je rencontrer ? Ne serai-je pas en décalage par rapport aux options des autres ? » » et puis « Est-ce bien utile ? Ne puis-je pas garder ce que je suis pour moi et me débrouiller par moi-même comme je l’ai fait jusqu’à maintenant ? » Un immense mélange intérieur, un besoin de me poser et d’être accueilli tel que je suis (j’ai tellement souffert dans mon enfance et ma jeunesse d’être traité de pédé… il n’y a que lorsque je suis entré au séminaire que je n’ai senti aucun regard de jugement !), une attente de rencontrer d’autres prêtres comme moi et d’entendre la manière dont ils assument leur ministère et leur homosexualité, un grand désir d’y voir plus clair dans ma vie…

              Arrivé sur place, j’ai reçu un accueil bienveillant que je ne pourrai pas oublier. Tout de suite à l’aise ! Des échanges respectueux du chemin de chacun avec de grands temps d’écoute très fraternelle : personne n’étant considéré comme exemplaire ou disqualifié. Une sorte d’oasis, avec des moments de détente, de réflexion personnelle, de prière et de célébration eucharistique. J’y ai fait l’expérience de la différence alors même que nous partagions le fait d’être prêtres et homosexuels. Certes, nos provenances des quatre coins de la France, nos âges aussi y étaient pour quelque chose, mais des sensibilités pastorales liées à notre histoire et nos options, des prêtres en plein ministère paroissial et même certains étant proches de ce que d’aucuns appellent « la hiérarchie », d’autres retirés du ministère ou en situation de retraite ; et puis la manière de se situer comme homosexuel : vivant des relations suivies ou épisodiques, certains étant en couples et d’autres non, beaucoup portant de lourds fardeaux, avec des blessures plus ou moins profondes, certains trouvant une forme d’équilibre, d’autres en attente et en question ! A vrai dire, beaucoup de choses, au regard de ce qui a du prix à mes yeux et de mon chemin personnel, auraient pu mettre un frein au dialogue ! Peut-être parce que j’étais en souffrance, j’ai reçu les autres avec la richesse et les pesanteurs de leur vie, comme une grâce de conversion personnelle. J’étais venu pour parler de moi et peut-être faire valoir des convictions, retrouver la sérénité et les rencontres et partages de cette session m’ont ouvert à davantage d’accueil de la différence à l’intérieur d’une même condition de vie partagée. J’y ai appris l’écoute et l’idée que ma manière de m’assumer n’est pas un modèle. J’y ai fait quelques pas sur un chemin d’humilité pas facile, car la tentation de « l’autojustification » comme de « la revendication » nous guette tous, surtout quand on prend conscience de ce qui a pu nous enchaîner et que l’on aspire à la liberté, voire à faire savoir ce que l’on est.

             Si « Pêcheurs d’hommes » m’a dépaysé en m’ouvrant aux chemins des autres dans la bienveillance et aussi une forme de compassion pour ceux qui « ne s’en sortent pas », ce groupe m’a aidé aussi à davantage d’estime de moi-même. Estime que certaines expériences relationnelles avec des garçons m’avaient fait perdre, sentiment de vivre des aventures successives qui ne construisent rien, mais aussi manque d’estime de moi-même en raison de la discipline officielle de l’Eglise avec laquelle j’avais du mal à composer. Je pouvais toujours m’accuser en confession d’avoir des relations « interdites », je recommençais, sachant que c’est une illusion de penser qu’on en guérit, et je n’envisageais nullement de quitter le ministère qui me passionnait, qui m’apportait tant même si les temps sont durs ! Comment faire cohabiter ces deux réalités qui étaient indivisibles en moi ? Les échanges, parfois animés, lors de nos rencontres « Pêcheurs d’hommes », et la volonté de m’enraciner toujours plus spirituellement dans l’Evangile et le témoignage d’hommes et de femmes ayant fait l’expérience de leur fragilité, de leurs « échardes » comme d’une grâce, m’a conduit non seulement à davantage de paix intérieure mais à découvrir que mon homosexualité pouvait apporter quelque chose de bon à mon ministère.

Mon homosexualité n’est pas un titre de gloire mais travaille en moi une sensibilité pastorale qui me conduit à travailler pour une Eglise de miséricorde. J’ai pris conscience aussi que trop de prêtres niant leurs tendances ou pratiques homosexuelles en viennent parfois à des comportements rigides et froids dans leur ministère, voire à avoir des propos homophobes. Je pense souvent à tous ces confrères qui « rament », isolés et parfois désespérés, sans quelqu’un à qui ils peuvent « tout dire », sans jugement !

Dans le groupe « Pêcheurs d’hommes », en étant moi-même, avec mes ombres et mes lumières, sous le regard des autres et sans inquisition, je me place aussi sous le regard de Dieu ! « Pêcheurs d’hommes » contribue à apprivoiser ce que je suis pour tendre vers l’unité intérieure. Cette unité intérieure ne consiste pas à ce que tout soit « conforme » ou « en ordre ». C’est une marche sur un fil, comme un funambule. Je n’attends pas de trouver dans ce groupe, des réponses toutes faites ou encore que l’on me dise que j’ai raison, mais des pistes pour mettre un peu de clarté dans ce qui en moi est confus, des appels qui me poussent à grandir dans l’amour, la foi et l’espérance.  Pour moi, « Pêcheurs d’hommes » est fait « d’hommes pécheurs », non parce qu’ils sont homosexuels mais parce que personne ne peut prétendre assumer toute sa vie dans la clarté de l’Evangile ! « Pêcheurs d’hommes » m’aident ainsi à sortir de l’autosuffisance qui peut me guetter et à me situer dans une dynamique de progrès.

     Je l’ai évoqué : nos rencontres sont de vrais cadeaux, surtout quand quelqu’un qui porte une épreuve la partage mais aussi quand d’autres apportent des bonnes nouvelles ! Nos rencontres sont d’autant plus un cadeau lorsque des confrères osent rejoindre le groupe et sortent ainsi de leur isolement ! Joie de voir certains en état de « résurrection », retrouvant le goût de vivre, d’aimer, de Dieu et même le chemin d’une plus grande communion en Eglise. C’est donc une fraternité qui se tisse au fil du temps. Je l’apprécie très fort. Elle se vit au long de l’année par des coups de fil, des mails, mais aussi des visites de l’un chez l’autre, des temps de vacances partagés pour certains. Les rencontres « officielles » sont très profitables mais entre-temps, il faut vivre ! Nous sommes plusieurs à éprouver la nécessité de se soutenir ! J’ai bénéficié à plusieurs reprises d’un soutien précieux de plusieurs du groupe alors que je « coulais » ou n’y voyais pas clair ! J’ai tenté aussi de me faire proche lorsqu’il y avait urgence. Evidemment, je n’entretiens pas les mêmes contacts avec tous les membres de « Pêcheurs d’hommes », ce qui ne dévalue rien des échanges avec tous. Ce sont des affinités qui créent une forme de complicité fraternelle et j’en suis reconnaissant à chacun.

       Voilà quelques aspects de mes découvertes de « Pêcheurs d’hommes ». Ce groupe n’est pas parfait puisque j’en suis membre ! Mais vous l’aurez bien compris : j’ai reçu «Pêcheurs d’hommes » comme la main tendue du Christ qui accueille, qui relève, qui accompagne, qui fait confiance. 

Le 26 avril 2017, « Baby », pêcheur d’hommes

* Dignité / Indignité : quel contraste !

Dignité/Indignité : quel contraste !

 

Mardi 25 avril : cour de la préfecture de Police à Paris.

Etienne prononce une allocution de grande qualité en hommage à son compagnon Xavier, devant le chef de l’Etat, les élus, les collègues de Xavier devant la nation entière.  « Vous n’aurez pas ma haine.” Cette haine, Xavier, je ne l’ai pas parce qu’elle ne te ressemble pas, parce qu’elle ne correspond en rien à ce qui faisait battre ton cœur, ni à ce qui avait fait de toi un gendarme, puis un gardien de la paix …..Je voudrais dire à tous tes camarades combien je suis proche d’eux. Je voudrais dire à ta hiérarchie policière combien j’ai vu la sincérité dans ses yeux et l’humanité dans ses gestes. Je voudrais dire à tous ceux qui luttent pour éviter que cela se produise, que ces événements se produisent, que je connais leur culpabilité et leur sentiment d’échec, et qu’ils doivent continuer à lutter pour la paix. Je voudrais dire à tous ceux qui nous ont témoigné leur affection, à ses parents et à moi, que nous y avons été profondément sensibles. Je voudrais dire à ta famille que nous sommes unis. Et à tous les plus proches qui ont été si soucieux de moi, qui ont été si soucieux de nous, qu’ils sont magnifiquement dignes de toi.

A toi, je voudrais te dire que tu vas rester dans mon cœur pour toujours. Je t’aime. Restons tous dignes et veillons à la paix. Et gardons la paix. »

http://www.lemonde.fr/police-justice/article/2017/04/25/je-souffre-sans-haine-l-hommage-vibrant-a-xavier-jugele-tue-sur-les-champs-elysees_5117289_1653578.html#UgzH8QUmJM4ghsk7.99

Comment ne pas être ému, ne pas avoir les larmes aux yeux en écoutant un discours d’une telle intensité, d’une telle dignité ? Merci Etienne d’avoir prononcé ces paroles là, ces mots là, pour rendre hommage à Xavier l’homme que tu aimes. Fier d’être français à ce moment là et de savoir que ces paroles sont possibles dans notre  pays aujourd’hui.

Oui quelle humanité, quel amour sont exprimés ! Merci.

 

Mardi 25 avril et mercredi 26 avril : la campagne électorale continue.

Christine Boutin prononcent des paroles indignes. Elle appelle à voter pour la candidate du Front National pour d’obscures raisons qui font honte à la foi des chrétiens, pour une pseudo-morale « anti-gay » même si ces mots ne sont pas prononcés, je les entends. Comment peut-elle prononcer des paroles aussi indignes, des paroles d’exclusion, de haine, manquant de grandeur d’âme.

La « manif pour tous » lui emboîte le pas. Même propos haineux. L’extrême droite semble soudain avoir revêtues les valeurs de l’Evangile ; elle semble désirable, respectable, chrétienne.

Comment ne pas avoir la nausée, en avoir les yeux embués de larmes de colères devant ces discours haineux ? Des discours indignes. Honte à ceux qui les prononcent au nom de leur foi, pour des enjeux politiques d’une bassesse indescriptible.

A ce moment là je ressens une grande honte d’être chrétien, d’être français, d’être prêtre. 

Oui je suis en colère !

Mais sont-ils dignes de ma colère ?

« Bryan », pêcheur d’hommes