Archives de catégorie : Témoignages

* Un prêtre américain fait son coming-out en pleine messe, ses fidèles l’applaudissent

17/12/2017 : Après vingt-cinq ans de carrière, Gregory Greiten a annoncé à ses paroissiens son homosexualité. Son annonce a été accueillie par une standing ovation.

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« Il n’y a rien de mal à être gay. »

Gregory Greiten est un prêtre américain de Milwaukee, dans le Wisconsin, aux Etats-Unis. Le 17 décembre 2017, en pleine messe et après vingt-cinq ans de carrière, il fait son coming-out auprès de ses paroissiens. Ses fidèles ont accueilli cette annonce par une standing ovation.


« Maintenant, je peux vivre ma vie ouvertement »

Dans une interview pour Today’s TMJ4, le 18 décembre 2017, il faisait savoir qu’il avait « l’impression d’être une nouvelle personne. (…) La différence pour moi, maintenant, est que je peux vivre ma vie ouvertement. C’est honnête et intègre. Et c’est ce qui est le plus important pour moi. »
Son homosexualité a également bien été accueillie par l’archevêque de Milwaukee, qui lui a montré son soutien dans un communiqué : « Nous soutenons le père Greiten (…). Comme l’enseigne la Bible, ceux qui sont attirés par les personnes de même sexe doivent être traités avec compréhension et compassion. »
L’homosexualité demeure un sujet tabou au sein de l’Eglise catholique. Toutefois, en 2016, le pape François avait déclaré que les homosexuels « ne doivent pas être discriminés, mais respectés ».

* « Prêtre, j’ai décidé de vivre avec mon homosexualité, et non contre elle »

« J’ai décidé de prendre cette dimension de mon être à bras-le-corps, comme le chemin étrange et particulier qui m’est proposé. » / FedericoC FedericoChiccoDodiFC/ChiccoDodiFC – stock.adobe.com

Le 25/02/2019 à 14h03
Mis à jour le 25/02/2019 à 14h08

Dans le Journal LA CROIX

A. Prêtre et homosexuel

La parution, ces jours-ci, du livre « Sodoma » de Frédéric Martel ainsi que les pages de « La Force de la vocation » du pape François consacrées à la question de l’homosexualité dans le clergé, me poussent à vous donner mon témoignage.

Né dans une famille catholique pratiquante, j’ai entendu l’appel à donner ma vie au Seigneur pendant l’enfance, bien avant que se posent dans ma vie les questions en rapport avec la sexualité. Au moment de la préadolescence, j’ai subi, sans pouvoir le définir comme tel à l’époque, un épisode d’abus sexuel de la part d’un jeune plus âgé de mon entourage, alors même que ma sexualité commençait à peine à s’éveiller. Cet événement m’a fait entrer dans une période de confusion qui a conduit à l’abandon de la question vocationnelle. Celle-ci est pourtant revenue, plus vive, au cours de mes études secondaires, m’incitant à prendre les moyens d’un discernement.
La question du célibat n’en était pas une pour moi, n’ayant pas d’attrait pour la gente féminine, ni de relations sexuelles. Celle de la chasteté vécue dans la continence l’était davantage : la vie pulsionnelle me conduisant souvent à la masturbation. J’interprétais, à l’époque, le trouble que provoquait en moi la vue ou l’idée du sexe masculin comme une séquelle de l’abus sexuel vécu dans la prime adolescence. Et c’est comme tel que j’ai pu en faire état à mes accompagnateurs spirituels successifs, ce qui était pour moi la source d’un grand soulagement.

Une compréhension plus fine du mécanisme qui conduit au déni
Après un chemin de séminariste marqué par des périodes de doute légitimes et des signes confirmant ma vocation, j’ai été ordonné prêtre. Le trouble demeurait. Ma vie de prière était souvent un appel à l’aide du Seigneur. C’est après sept ans d’ordination, au détour d’une conversation profonde avec un ami, que la réalité de mon orientation homosexuelle m’est apparue. Ce fut à la fois un étonnement, un sentiment de profonde réconciliation avec moi-même et une colère : comment avais-je pu vivre à ce point dans le déni ?
J’ai entrepris une psychanalyse qui m’a conduit à une compréhension plus fine de mon fonctionnement psychique, et en particulier du mécanisme qui conduit au déni : l’homophobie intériorisée. Il s’agit de l’intégration dans la profondeur du psychisme de l’environnement homophobe dans lequel nous vivons, notamment dans le discours officiel de l’Église. Puisque l’homosexualité est une condition non choisie, qui s’impose à la personne homosexuelle comme une donnée intérieure présente depuis toujours… puisque l’environnement familial, social et culturel est hostile, encore aujourd’hui en bien des lieux, à toute expression de cette orientation sexuelle… nombre de personnes homosexuelles sont dans l’impossibilité de s’avouer à elles-mêmes leur tendance profonde.

Certaines vivent une telle lutte intérieure, un tel rejet d’elles-mêmes tant de l’extérieur que de l’intérieur, qu’elles en viennent à souhaiter mourir. Ce ne fut pas mon cas.

Prendre cette dimension de mon être à bras-le-corps
J’ai décidé de vivre avec mon homosexualité, et non contre elle, pour ne pas vivre contre moi. J’ai décidé de prendre cette dimension de mon être à bras-le-corps, comme le chemin étrange et particulier qui m’est proposé. Et en tant que prêtre, comme une dimension de ma vocation. Je ne crois pas que le Seigneur, lui, ait été ignorant de ma condition. Je ne crois pas que ma vocation ait été fondée sur une fuite de ma sexualité, mais bien sur un appel qui retentit au plus profond de mon être.
J’ai décidé de vivre mon homosexualité comme un chemin d’humilité. Elle me garde d’être un chrétien puant, qui regarde les autres de haut, comme le Pharisien de la parabole (Lc 18, 9-14). J’ai découvert que cette fêlure dans le piédestal est salutaire : pauvre devant Dieu, je suis gardé de la tentation de prendre sa place devant les hommes.
Ma vocation est d’être serviteur. Et j’ai pu voir à maintes reprises que ma condition homosexuelle n’était pas étrangère au service que je peux rendre en tant que prêtre, témoin de la miséricorde, pour des personnes blessées, rejetées, marginalisées.


La vie de foi, comme la sexualité, est un chemin de croissance
Le Seigneur m’a fait la grâce de n’avoir jamais eu de relation sexuelle. Je n’en juge pas pour autant mes confrères prêtres qui vivent ou ont vécu des relations homosexuelles consentantes : la répression externe dans le discours social et ecclésial, et interne dans le psychisme, est d’une telle violence parfois qu’il est impossible de tenir autrement dans une vie d’homme qu’en libérant de la pression intérieure. Je sais que pour beaucoup d’entre eux, il s’agit là d’un chemin d’humiliation.


En disant cela, je ne cherche pas à justifier des comportements. Ce n’est pas ma question. L’enjeu de mon ministère de prêtre est celui d’un pasteur à la suite du Christ : accompagner les brebis, prendre soin de celles qui souffrent, soutenir celles qui peinent. Les prêtres font partie intégrante du troupeau et, au même titre, méritent qu’on les écoute, qu’on les soutienne, qu’on les encourage.
La vie de foi, comme la sexualité, est un chemin de croissance. Personne ne peut dire qu’il est arrivé au terme de ce chemin.
Je crois que ce chemin, c’est le Christ.
A. Prêtre et homosexuel

* Ils aiment Dieu et les hommes Ils sont prêtres ou imams et témoignent de leur homosexualité

Reportage par Alice Develey , Stéphane Joly | 16 Octobre 2018
« J’ai découvert mon homosexualité chez les salafistes », se souvient l’imam Zahed. C’est au séminaire que le père Henri, lui, a connu ses premiers émois. StreetPress a rencontré ces hommes de foi qui concilient leur ministère… et leur sexualité.

« Le juif homosexuel est une abomination pour la communauté, un sodomite qui pervertit la Torah, lance Alain Beit, désinvolte. On est habitué à la discrimination quand on est juif. » Alors, pour lui, les attaques venues de ses pairs sont une simple formalité.
Ce soir, le président du Beit Haverim, association des juifs LGBT de France, se joue des préjugés au théâtre L’Auguste, dans le 11e arrondissement parisien. Sur son trône rouge, l’homme affable accueille le public comme un rabbin dans sa synagogue. Mais attention, la barbe ne fait pas le Rav (1). Idem pour les spectateurs venus assister à Yalla, le tajine musical, « un Mamma Mia ! juif à la sauce LGBT ». La kippa est rangée, mais jamais très loin. Alain Beit l’a dans la poche, aux couleurs du drapeau arc-en-ciel. « Elle symbolise mes deux identités. » Et le tabou qui l’entoure.
Des relations homosexuelles inscrites dans les murs.

Judaïsme, christianisme, islam, les trois religions monothéistes condamnent l’homosexualité. Qu’il s’agisse de leurs croyants ou de leurs représentants. Et pourtant, les relations homosexuelles sont inscrites dans les murs. « Il y a autant d’homosexuels dans l’Église que dans toutes les branches de la société : la police, l’enseignement… », souffle Jacques Mérienne, vicaire de la paroisse Sainte Eustache.
Cheveux longs argentés, petite moustache broussailleuse, l’homme aux faux airs de cardinal Richelieu n’a jamais caché son homosexualité. « À chaque fois que j’arrive dans une paroisse, je me présente à la communauté. Je dis qui je suis. » Pas question de se voiler la face. « J’ai prévenu mon évêque lorsqu’il m’a ordonné en 1972. A l’époque, ce n’était pas un problème pour devenir prêtre. C’était dans les mœurs. » Le père Henri Michel (2), ordonné par un évêque excommunié, a fait ses propres statistiques :
« Pour moi, 90% des prêtres étaient homosexuels dans les années 1970-80. »

« Cela s’exprimait partout dans les couloirs du Séminaire. Nous étions deux par chambre. Chacun avait son petit ami. Quand il y avait des garçons hétéros, ils ne restaient pas. » Le père Henri Michel exerce aujourd’hui son ministère dans une grande ville française. « J’ai une chapelle qui ne dépend pas du diocèse. Elle accueille tous ceux qui ne se reconnaissent pas dans le dogme officiel. » Des « marginaux », comme il les nomme à demi-mot, à son image :
« J’ai voulu être prêtre dès l’âge de 6 ans. Nous étions dans les années 1950. Mon père était régisseur aux Folies Bergères. En grandissant dans cette famille d’artistes, l’Église m’est apparue comme un grand théâtre. A 10 ans, j’ai découvert que j’aimais les hommes, mais je ne me suis pas inquiété, car je savais que la loi du seigneur me destinerait au célibat. »
Pas de problème non plus pour sa famille. « Ces choses n’avaient pas lieu d’être partagées. Quand j’invitais des garçons du séminaire en vacances, nos parents se disaient simplement : “Ils veulent être prêtres, c’est normal. »


A la pride de Toronto en 2011 / Crédits : Andrey Zhukov

Un système hypocrite
À 11 ans, Henri Michel entre au petit séminaire. « Il n’y a rien eu de spécial », insiste-t-il. Ou presque. « Vers 15-16 ans, j’ai eu une amourette avec un garçon. Ça se passait la nuit dans la resserre. Mais nous avons très vite été suivis par l’un de nos camarades. Et comme il était jaloux, il a cafté et j’ai été renvoyé. » De quoi ranger sa robe au placard ? « Non, la direction avait l’habitude de ce genre de cas. Ce n’était pas un secret d’état. » À la sortie de son bac, Henri Michel intègre donc le grand séminaire. « Là où il y a le plus d’intrigues, se rappelle-t-il avec un rire contenu. On attendait la nouvelle recrue de la rentrée de septembre pour échanger nos compagnons de vie. »
Tout se sait… Mais personne ne dit rien. Et la loi du silence aura raison du comportement « trop vrai » d’Henri Michel. Contrairement au père Jacques Mérienne, cette homosexualité assumée lui fermera les portes de l’Église. « J’ai été ordonné par une voie parallèle que ne reconnaît pas l’épiscopat français. » Une forme de discrimination advenue, selon le père Jacques Mérienne, dans les années 1980. « En refusant d’ordonner des prêtres homosexuels, l’ancien archevêque de Paris, le cardinal Lustiger, a institutionnalisé un retour en arrière. » Un virage « lié, selon le père Henri Michel, à l’hypocrisie du système ». Mais pas seulement.

Le premier imam gay de France
« Je me sentais comme un étranger dans ma propre famille », se souvient Ludovic-Mohamed Zahed. Normalien, docteur en sciences humaines et sociales, spécialiste reconnu de l’islam… L’imam est à l’origine des premières mosquées inclusives de France, d’Allemagne et d’Afrique du Sud :
« À 17 ans, j’ai découvert mon homosexualité chez les salafistes en tombant amoureux de l’homme qui m’avait enseigné le Coran. »

Tiraillé entre islamisme et homophobie, Mohamed cherche du soutien auprès de sa famille. « J’en ai payé le prix fort. Dès lors, mon père m’insultait quotidiennement et mon frère me battait. Il m’a même cassé le nez et la mâchoire. Chez moi, c’était la prison. » Cette violence, Mohamed la prend en pleine face. Assumer sa double identité, religieuse et sexuelle, devient impossible :
« J’ai rejeté l’islam pendant sept ans. »

Ludovic-Mohamed Zahed

En 1995, l’Algérie sombre dans la guerre civile. Comme nombre de familles francophones, les Zahed s’installent en France, à Marseille. « J’avais 19 ans quand j’ai rencontré mon premier compagnon dans un club gay. Un Algérien encarté au Front national. On était très schizophrène à l’époque dans notre communauté. Cet homme était très infidèle, prenait beaucoup de risques, en pratiquant notamment le chemsex (3). Il me les a fait prendre. C’est avec lui que j’ai attrapé le Sida. »
Sans dieu ni père, Mohamed, naturalisé Ludovic, monte alors à Paris. Il se réfugie dans le travail et multiplie les doctorats. « J’ai travaillé dix fois plus que les autres mais j’étais toujours la cinquième roue du carrosse. Un soir, alors que je quittais l’École normale supérieure, j’ai reçu un appel de ma mère : “Cela a trop duré. Tu es tombé de la barque à un moment et je n’ai pas réussi à te récupérer” » :
« J’étais considéré comme un malade mental. »

À 30 ans, Ludovic trouve un équilibre. « Il m’a fallu sept ans pour comprendre que je n’étais pas anormal. » En paix avec lui-même, il trouve l’amour avec un sud-africain et se marie devant sa famille et ses amis. Il renoue alors avec ses origines et reprend une pratique spirituelle. Un an auparavant, il créait l’association Homosexuels musulmans de France pour accueillir toutes les personnes qui, comme lui, ont été victimes de discriminations. Et pas seulement des croyants. « Il n’y avait que 10 % de pratiquants dans l’association quand nous l’avons créée. Beaucoup nous ont rejoints par la suite, attirés par notre islam des Lumières. » Un succès qui préfigura celui de la mosquée inclusive en 2012.
Inspiré d’un mouvement venu d’Amérique du Nord, Ludovic trouve un premier refuge auprès d’un ami bouddhiste, Federico Dainin Jôkô, aux portes de la capitale, avant d’ouvrir un local dans le quartier de la Goutte d’Or, à Paris. En restant flou sur son adresse, par peur de possibles violences. « Nous ne nous attendions pas à un tel retentissement, y compris de l’autre côté de la Méditerranée. » Cette soudaine notoriété se transforme en passe-droit auprès des plus grandes institutions sunnites. Il devient ainsi le premier imam gay à débattre au sein de la prestigieuse université al-Azhar, en Égypte. Une réussite d’autant plus grande dans un pays alors sous la coupe des Frères musulmans.
Vivre caché pour être heureux
La réalité reste toutefois contrastée. Quand on appelle l’association Homosexuels musulmans de France, il est difficile d’avoir quelqu’un à l’autre bout du fil. Et pour cause, quand on rédige un mail, on reçoit automatiquement le message suivant : « IMPORTANT : Notez qu’il n’y a plus de mosquée inclusive à Paris. » L’associatif se joue dans l’ombre.

Et si tout le monde sait où se trouvent les associations LGBT catholique David et Jonathan et juive Beit Haverim, les pratiquants homosexuels n’en demeurent pas moins parfois contraints de mener une double vie hors des institutions. « Un jeune catholique qui juge son orientation sexuelle en contradiction avec sa religion n’ira pas chercher du soutien auprès d’un prêtre gay. Pourquoi le ferait-il s’il le pense lui-même dans le péché ? », s’interroge Jacques Mérienne.
Rainbow kippa sur la tête à la synagogue, au fond de sa poche une fois dans la rue, Alain Beit conseille aux adolescents qui viennent le voir de ne pas révéler leur homosexualité à leurs parents. « Sois heureux et vis caché. Ne te mets pas en danger. Quand tu pourras subvenir à tes moyens, tu pourras t’assumer », explique Alain Beit :
« Être juif et homo n’est pas une contradiction. »

Dans le quartier du Marais, à Paris, la communauté de Saint-Merry a fait de la pastorale de l’accueil des différences, son fer de lance. Comme David et Jonathan, elle accepte quiconque quel que soit sa couleur, son origine, son orientation liturgique ou sexuelle.
Daniel Duigou, curé de la paroisse [jusqu’en 2018], est l’un de ses hérauts. « On peut être chrétien et homosexuel ! s’exclame-t-il. Quand j’ai rencontré le pape, il m’a tout de suite demandé : “Qu’est-ce que vous dites aux divorcés remariés ?” J’ai répondu : “Un, je les écoute. Deux, je les bénis ainsi que les couples homosexuels.” En entendant ces mots, il s’est relevé et m’a dit : “Oui, Dieu pense du bien des hommes. Dieu pense du bien de tous les hommes. »


Queer & Halal à la pride de Londres en 2013 / Crédits : jpg.me

Une histoire d’interprétations
Comme un symbole, Daniel Duigou intègre aujourd’hui les couples homosexuels à la préparation religieuse au mariage des couples hétérosexuels. « C’est une tradition ancrée. Dans les premiers siècles de son histoire, l’Église bénissait déjà des homosexuels. »
Une manière de renouer avec les premières écritures ? Que penser alors du passage de Sodome et Gomorrhe ? « Les personnes qui rejettent l’homosexualité citent souvent cet extrait. Or, ce qui est condamné, c’est le fait de forcer son partenaire à avoir une relation sexuelle », indique Daniel Duigou. « Et puis, rappelle Henri Michel, Eve est née de la côte d’Adam. Cela signifie que le premier homme était une créature hermaphrodite. Le croyant peut retrouver en lui-même cette voie androgyne, l’homme et la femme qu’il est, par le biais de son homosexualité. » Pas de contradiction donc selon la Bible.

« Dieu ne condamne jamais l’homosexualité dans le Coran », martèle aussi l’imam Ludovic. « Un verset rapporte même que le Prophète était un jour avec un homme dans la rue lorsqu’un troisième vint à passer. Le premier homme dit au Prophète : “J’aime cet homme“ et le Prophète lui demanda s’il lui avait fait part de ses sentiments. Il lui répondit que non et le Prophète lui intima de le faire, raconte Ludovic Zahed. Le Prophète aurait-il encouragé un homme à déclarer sa flamme à un autre s’il était le leader misogyne et homophobe que décrivent nombre de musulmans dogmatiques ? » Rien n’est moins sûr.
Ludovic l’avoue lui-même. En Algérie, un de ses oncles continue de lui envoyer des menaces de mort du fait de son homosexualité. « Il ne connaît que l’islam des Frères musulmans. » Et cette violence ne se limite pas à la famille. Sur Internet, les salafistes ont émis une fatwa pour punir Ludovic « par le glaive ». D’autres, comme le prêtre Jacques Mérienne et le président de l’association Beit Haverim, font l’objet d’insultes homophobes. « C’est terrible d’utiliser Jésus pour condamner l’autre, déplore Daniel Duigou. Ces gens oublient que la Bible n’est qu’une interprétation d’une interprétation. »
Alors au diable les préjugés ! « On ne choisit pas qui on est, rappelle Jacques Mérienne. Ce qu’on est n’est pas une faute. » Une réalité qu’ont fini par admettre les parents de Ludovic. L’imam doit toutefois faire face aux nouvelles inquiétudes de sa mère. « J’ai divorcé il y a trois ans. Depuis, ma mère s’inquiète de mon célibat, car réussir sa vie intime, c’est se marier et avoir des enfants. » Après tout, on n’est jamais trop parfait pour ses parents.
Article en partenariat avec le CFPJ.
En une image d’illustration : crédit Danny Hammontree
(1) Rav : rabbin en hébreu
(2) Nom changé à la demande de l’interviewé

* Le prêtre gay héros du 11 septembre pourrait devenir le premier saint homo

Par Julie Baret le 2 octobre 2017, dans le Journal TETU

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Jusqu’ici, l’apostrophe « C’est un saint !» prononcée par le maire de New York aux funérailles de Mychal Judge, le 15 septembre 2001, n’avait que l’éloge de la formule. Mais depuis que le Vatican a ouvert ses critères de sanctification cet été, une vraie campagne tente de tirer le Père Judge jusqu’aux honneurs de la Sainteté.
C’est un confrère, le prêtre argentin Luis Escalante, qui a commencé à rassembler les anecdotes sur le héros du World Trade Center pour porter sa candidature.
La première victime officielle du 11 septembre.
Mychal Judge, 68 ans, était aumônier des pompiers de New York lorsque les tours jumelles ont été frappées par deux avions, mardi 11 septembre 2001 au matin. Dès qu’il a appris le crash, l’homme s’est précipité du couvent de l’église Saint François d’Assise, sur la 31ème rue, jusqu’à la tour nord. Il est mort dans le hall de l’immeuble lorsque la seconde tour s’est effondrée, alors qu’il offrait l’extrême onction aux pompiers et aux personnes qui avaient sauté des étages supérieurs pour échapper aux flammes. Une photographe a capturé pour Reuters l’instant où son corps fut porté en dehors des débris. Sa photo est devenue tristement iconique.

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A la morgue, il reçoit l’étiquette « DM [pour Désastre Manhattan, ndlr] » : il est la première victime officielle de l’attentat qui a causé la mort de 2 759 personnes.

Pour Luis Escalante, qui est également postulateur à la Congrégation du Vatican pour la Cause des Saints, laquelle instruit et examine les candidatures, Père Mychal a fait preuve d’une « offrande de la vie ». Or depuis cet été, cet acte, « suggéré et soutenu par la charité » selon les mots du pape François, s’inscrit aux côtés du martyr et de l’héroïcité des vertus comme critère d’élection à la béatification et à la canonisation.
Une histoire d’amour discrète
S’il est probablement des LGBT parmi les milliers de personnes sanctifiées par l’Eglise, Mychal Judge a cela d’exemplaire qu’il pourrait être le premier homme ouvertement homosexuel à rejoindre ces rangs. Dans son entourage pourtant, peu connaissaient son orientation sexuelle.
« J’étais l’un de ses 9 412 meilleurs amis et nous sommes 9 406 à ignorer qu’il était gay », renseigne par exemple Michael Daly, auteur d’une biographie de Judge. Mais d’autres ouvrages, publiés à titre posthume et fondés sur les confidences du héros ou sur son journal intime, dévoilent son attirance pour les hommes et sa relation avec un infirmier, dont on ignore si elle brisait le vœu de chasteté formulé par le Père Judge durant les années 50, lorsqu’il a rejoint la Congrégation de Saint-François d’Assise. Alvaro, avec qui il entretenait une relation depuis une dizaine d’années, s’est d’ailleurs vu refuser l’accès aux obsèques après l’attentat du 11 septembre car leur histoire était peu connue…
Mais il n’est pas étonnant que Mychal Judge ait cultivé le mystère autour de son homosexualité : l’Eglise catholique interdit officiellement la prêtrise aux homosexuels depuis 2005 et a encore répété cette assertion l’année dernière. En 2013, le retentissant coming out du père Krzysztof Charamsa avait ainsi contraint ce dernier à quitter l’Eglise, mais l’homme de foi exerce toujours officieusement comme prêtre depuis Barcelone.

Un homme affable et généreux pour les pauvres et les discriminés
Outre son héroïsme lors de l’attentat meurtrier du 11 septembre, l’enquête menée par Escalante pour la canonisation de Judge met l’accent sur ses autres dévouements : pour les sans-abris, à qui il offrait des manteaux chauds l’hiver et pour qui il gardait toujours une liasse de billet de 1$ dans la poche ; les personnes souffrant d’addiction qu’il aidait dans le processus de guérison, lui-même étant un ancien alcoolique ; les LGBT catholiques avec qui il échangeait au sein de l’association Dignity ; les malades du sida sur qui il veillait à l’hôpital Saint-Vincent, qu’il prenait dans ses bras – à une époque où la psychose sur les voies de transmission était à son comble – et dont il accompagnait la famille et les proches jusque dans les derniers sacrements.
Il était très souvent vêtu de la robe de bure serrée d’une corde, propre à la Congrégation des Franciscains à laquelle il appartenait, même quand il défilait pour la Gay Pride au milieu des années 80. Mais il délaissa sa tenue pour le manteau de pompier et un casque blanc flanqué du mot chaplain lorsqu’il devint l’un des cinq aumôniers du service d’incendie de New York au début des années 1990.

Faire vivre sa mémoire
Le procès qui permet d’être considéré comme un saint relève cependant d’une entreprise extrêmement complexe : le dépôt de la demande suivi de la formulation d’une requête officielle, son acceptation par la Congrégation vaticane et l’évaluation des preuves qui intervient ensuite peut durer une douzaine d’années, les deux miracles (l’un pour la béatification, le second pour la canonisation) doivent être reconnus par une commission médicale, etc. D’autant que dans le cas de Mychal Judge, sa propre congrégation refuse de militer pour son élévation, et son homosexualité connue du grand public pousserait l’Église à rendre une décision lourde en symbole.
Mais pour Salvatore Sapienza, un ami proche de Judge cité par Slate US, ce n’est presque pas ça le plus important, mais que « des millions de personnes supplémentaires » connaissent son histoire. Chaque année, la Marche du souvenir réalisée par les pompiers de New York en hommage à celles et ceux qui ont péri ce jour-là reproduit le parcours suivi par Mychal Judge le matin de sa mort, de la paroisse Saint-François d’Assise jusqu’à Ground Zero où son nom est gravé.

En 2016, c’est devant le Stonewall National Monument – qui célèbre la lutte pour les droits LGBT – que son successeur à l’Aumônerie a prononcé la dernière homélie faite par Mychal Judge, le 10 septembre 2001, et interprétée comme beaucoup comme un présage :

« Il y a de bons jours. Et de mauvais jours. Des jours tristes. Et des jours heureux. Mais jamais de jours ennuyeux dans ce travail. Vous faites ce pour quoi Dieu vous a appelé. Vous vous présentez. Vous mettez un pied devant l’autre. Vous montez sur la plateforme et vous faites le travail, lequel est un mystère. Et une surprise. […] Vous ignorez ce pour quoi Dieu vous a appelé. Mais il a besoin de vous. Il a besoin de moi. Il a besoin de nous tous. »
Paroles citées par The Daily Beast
Brendan Fay, militant LGBT, a consacré deux films à son ami disparu ; un premier intitulé The Saint of 9/11 et un second, Remember Mychal .

 

* De la part de JACQUES F.

Lettre de Jacques F. au C.A. du 21-22 octobre 2017 : 

 » Je voulais vous dire merci pour tout ce que j’ai pu partager avec vous et tout ce que vous m’avez appris. Je me limiterai à ce que vous m’avez permis de découvrir dans ma foi.

Le Jésus qu’on m’a proposé durant mon séminaire se disait en concepts abstraits, dogmes et dévotions. Avec vous, j’ai rencontré un homme avec toutes ses contradictions, ses hésitations, ses progrès dans la compréhension du monde où il vivait et sa fidélité à la vie.

Né d’une femme, il a dû apprendre les règles de la vie en société. Il a connu les troubles de l’adolescence, il a dû apprendre un métier, choisir de ne pas se marier. Comme d’autres, il devait avoir des érections au réveil et chercher au jour le jour ce à quoi il était appelé. Un homme de chair et d’os, quoi !

Il a connu le désert, le maquis de l’époque, vrai chaudron de révoltes et de violences. On y trouvait des gens pieux, des illuminés, des zélotes de la loi, des sicaires partisans du coup de force, des gens faillis, des bandits de grand chemin. Parmi eux, il choisira ses apôtres. Tous avaient dû fuir les prédateurs romains. Il a vu un troupeau qui n’avait pas de berger et très vite, il est reconnu comme leader potentiel. On parle de lui comme « fils de Dieu, messie » qui sont les termes qui désignaient Saül, premier roi des Juifs.

Mais il ne veut pas être roi ni prendre la tête de la révolte contre les Romains. Pourtant, il parle constamment de Royaume mais ce Royaume ne ressemble en rien à celui qu’on lui propose. Ce Royaume sera non violent, fruit d’une conversion du regard, basé sur la fraternité. On retrouve ce difficile cheminement dans la tentation au désert.
La qualité de son regard me frappe. Au-delà des apparences, il voit ce que chacun porte en lui comme possibilités de reconstruction et de prise en main de son destin. Sauf chez Jean (mais est-ce Jésus ou Jean qui parle ?) Jésus ne fait pas de discours théologique dans les évangiles. Il part toujours d’un fait concret ou de la rencontre d’une personne et de ses aspirations. Il révèle à celle-ci le regard de tendresse que celui qu’il appelle son Père porte sur elle. C’est dans sa prière que son Père lui a donné de partager la tendresse que lui-même porte à ses créatures.

Il a vu la misère des petites gens de Palestine, opprimés par le prédateur romain et victimes du mépris des riches et des prêtres. Il est ému jusqu’aux tripes de voir leur écrasement. Au-delà des pauvres apparences, il voit des personnes riches de potentialités enfouies au plus profond d’elles-mêmes. Il leur révèle ces possibilités et leur donne la force de sortir par elles-mêmes de leur écrasement. Il résume cela d’un mot : « Ta foi t’a sauvé. » Foi dans la vie comme don de Dieu. Le regard de Jésus mérite d’être sans cesse approfondi.

Plus étonnante encore est sa relation avec les femmes. Celles qui le suivent ont un nom. Elles ne sont pas « femme de…, fille de…, épouse de… » comme c’était la coutume. Elles sont autonomes et disposent de leurs biens. Elles peuvent prendre la parole et certaines vont nu-tête à la mode des hétaïres grecques. Nous sommes loin de la femme soumise, muette et voilée du modèle sémite de l’époque. Elles sont considérées comme pécheresses, non pour leur vie privée mais parce qu’elles ne respectent pas le modèle imposé. Certes, plusieurs ont eu un passé agité et Jésus les en a délivrées. Encore plus étonnante l’hétaïre qui vient au repas chez Simon. Sans qu’elle n’ait dit un mot, Jésus se laisse tripoter par cette courtisane au grand dam du pieux maître de maison qui regarde goguenard. Et Jésus donne sa foi comme modèle et réprimande son hôte. Nous sommes loin du regard puritain et pudibond que les clercs nous proposent depuis des siècles.

Avec Paul, je peux dire qu’il n’a pas retenu sa filiation divine et qu’il s’est fait obéissant jusqu’à la mort et une mort infamante sur une croix. Il a obéi aux exigences de sa conscience et aux appels que les événements lui adressaient. C’est ainsi que Dieu parle à chacun de nous. Jésus a payé de sa vie cette liberté et cette fidélité. C’est pourquoi, en le ressuscitant, Dieu lui a donné un nom au-dessus de tout nom. Je peux célébrer les merveilles que je vois chaque fois qu’un frère ou une sœur vient à la vie car c’est l’œuvre de son Esprit.

Jésus est amoureux de cette beauté de la Création que la folie des hommes met chaque jour en péril. Jésus n’est pas obsédé par le péché. Il le voit chaque jour et constate les ravages qu’il entraine. Il apporte son soutien à ceux qui en sont victimes et les rend à la vie. Il les crée à nouveau.
Voilà le Jésus à qui j’ai donné ma foi. C’est lui qui donne sens à mes rencontres quotidiennes. Il m’a fallu toute une vie pour le formuler de façon à peu près claire. Cet éclairage m’a été donné, entre autres, par l’accueil que j’ai pu faire avec vous de ceux qui n’arrivent pas à faire l’unité entre leur désir affectif et leur foi mais aussi par les tensions que j’ai pu vivre avec vous en 45 ans d’amitié. DJ doit approfondir ce regard que Jésus nous propose et garder son engagement au service de ceux qui sont écrasés par les multiples dénis d’humanité.

Cette recherche en vaut la peine et je veux encore vous remercier de m’avoir aidé dans ce parcours. Vous m’avez permis de retrouver mon humanité et de lui donner du sens. 

Que DJ continue à porter cette lumière ! »

* Rencontres … non institutionnelles !

Une rencontre de prêtres homo dans notre diocèse

Ne rêvez pas ! Cela n’a rien d’institutionnel…

Suite à des rencontres dans des lieux de dragues, le dialogue a été possible entre 2 prêtres de mon diocèse, puis entre 2 autres, toujours à l’initiative du même prêtre qui a osé aller plus loin, proposant une rencontre à 3 (faut-il préciser qu’il s’agissait uniquement d’un repas cette fois-ci !).

Toujours est-il que chaque trimestre, nous nous retrouvons à 3 pour partager autour d’un bon repas, ce qui nous habite. Un 4ème d’un diocèse voisin nous a rejoint.

Une fois par an, les ‘conjoints’ pour ceux qui en ont, sont invités.

Oui il est possible de sortir de l’isolement, se libérer de l’enfermement. Nous avons la chance de vivre un chemin de résurrection. Dans ces fêtes de Pâques je me devais de vous le partager.

 

« Roger », pêcheur d’hommes, avril 2017.

* Dignité / Indignité

Dignité/Indignité : quel contraste !

 

Mardi 25 avril 2017 : cour de la préfecture de Police à Paris.

Etienne prononce une allocution de grande qualité en hommage à son compagnon Xavier, devant le chef de l’Etat, les élus, les collègues de Xavier devant la nation entière.  « Vous n’aurez pas ma haine.” Cette haine, Xavier, je ne l’ai pas parce qu’elle ne te ressemble pas, parce qu’elle ne correspond en rien à ce qui faisait battre ton cœur, ni à ce qui avait fait de toi un gendarme, puis un gardien de la paix …..Je voudrais dire à tous tes camarades combien je suis proche d’eux. Je voudrais dire à ta hiérarchie policière combien j’ai vu la sincérité dans ses yeux et l’humanité dans ses gestes. Je voudrais dire à tous ceux qui luttent pour éviter que cela se produise, que ces événements se produisent, que je connais leur culpabilité et leur sentiment d’échec, et qu’ils doivent continuer à lutter pour la paix. Je voudrais dire à tous ceux qui nous ont témoigné leur affection, à ses parents et à moi, que nous y avons été profondément sensibles. Je voudrais dire à ta famille que nous sommes unis. Et à tous les plus proches qui ont été si soucieux de moi, qui ont été si soucieux de nous, qu’ils sont magnifiquement dignes de toi.

A toi, je voudrais te dire que tu vas rester dans mon cœur pour toujours. Je t’aime. Restons tous dignes et veillons à la paix. Et gardons la paix. »

http://www.lemonde.fr/police-justice/article/2017/04/25/je-souffre-sans-haine-l-hommage-vibrant-a-xavier-jugele-tue-sur-les-champs-elysees_5117289_1653578.html#UgzH8QUmJM4ghsk7.99

Comment ne pas être ému, ne pas avoir les larmes aux yeux en écoutant un discours d’une telle intensité, d’une telle dignité ? Merci Etienne d’avoir prononcé ces paroles là, ces mots là, pour rendre hommage à Xavier l’homme que tu aimes. Fier d’être français à ce moment là et de savoir que ces paroles sont possibles dans notre  pays aujourd’hui.

Oui quelle humanité, quel amour sont exprimés ! Merci.

 

Mardi 25 avril 2017 et mercredi 26 avril 2017 : la campagne électorale continue.

Christine Boutin prononcent des paroles indignes. Elle appelle à voter pour la candidate du Front National pour d’obscures raisons qui font honte à la foi des chrétiens, pour une pseudo-morale « anti-gay » même si ces mots ne sont pas prononcés, je les entends. Comment peut-elle prononcer des paroles aussi indignes, des paroles d’exclusion, de haine, manquant de grandeur d’âme.

La « manif pour tous » lui emboîte le pas. Même propos haineux. L’extrême droite semble soudain avoir revêtues les valeurs de l’Evangile ; elle semble désirable, respectable, chrétienne.

Comment ne pas avoir la nausée, en avoir les yeux embués de larmes de colères devant ces discours haineux ? Des discours indignes. Honte à ceux qui les prononcent au nom de leur foi, pour des enjeux politiques d’une bassesse indescriptible.

A ce moment là je ressens une grande honte d’être chrétien, d’être français, d’être prêtre. 

Oui je suis en colère !

Mais sont-ils dignes de ma colère ?

* Témoignage de « Baby »

  

             Il y a une bonne dizaine d’années que je connais le groupe « Pêcheurs d’hommes » et que je participe aux deux journées à Paris et à la session annuelle. C’est un ami prêtre, homosexuel comme moi, qui m’en avait parlé à plusieurs reprises comme d’un espace de parole qui lui avait fait du bien. Il a fallu que je vive une relation difficile avec un garçon pour que je prenne au sérieux la proposition d’aller à une session de « Pêcheurs d’hommes ». J’étais perdu, fatigué, doutant de moi-même, ayant besoin de vider mon sac ! Je saisis donc au vol, comme une chance, de me rendre à la session d’été ! Sur la route, à plusieurs reprises, j’ai failli faire demi-tour. Toutes sortes de questions m’envahissaient. D’une part : « Qui vais-je rencontrer ? Ne serai-je pas en décalage par rapport aux options des autres ? » » et puis « Est-ce bien utile ? Ne puis-je pas garder ce que je suis pour moi et me débrouiller par moi-même comme je l’ai fait jusqu’à maintenant ? » Un immense mélange intérieur, un besoin de me poser et d’être accueilli tel que je suis (j’ai tellement souffert dans mon enfance et ma jeunesse d’être traité de pédé… il n’y a que lorsque je suis entré au séminaire que je n’ai senti aucun regard de jugement !), une attente de rencontrer d’autres prêtres comme moi et d’entendre la manière dont ils assument leur ministère et leur homosexualité, un grand désir d’y voir plus clair dans ma vie…

              Arrivé sur place, j’ai reçu un accueil bienveillant que je ne pourrai pas oublier. Tout de suite à l’aise ! Des échanges respectueux du chemin de chacun avec de grands temps d’écoute très fraternelle : personne n’étant considéré comme exemplaire ou disqualifié. Une sorte d’oasis, avec des moments de détente, de réflexion personnelle, de prière et de célébration eucharistique. J’y ai fait l’expérience de la différence alors même que nous partagions le fait d’être prêtres et homosexuels. Certes, nos provenances des quatre coins de la France, nos âges aussi y étaient pour quelque chose, mais des sensibilités pastorales liées à notre histoire et nos options, des prêtres en plein ministère paroissial et même certains étant proches de ce que d’aucuns appellent « la hiérarchie », d’autres retirés du ministère ou en situation de retraite ; et puis la manière de se situer comme homosexuel : vivant des relations suivies ou épisodiques, certains étant en couples et d’autres non, beaucoup portant de lourds fardeaux, avec des blessures plus ou moins profondes, certains trouvant une forme d’équilibre, d’autres en attente et en question ! A vrai dire, beaucoup de choses, au regard de ce qui a du prix à mes yeux et de mon chemin personnel, auraient pu mettre un frein au dialogue ! Peut-être parce que j’étais en souffrance, j’ai reçu les autres avec la richesse et les pesanteurs de leur vie, comme une grâce de conversion personnelle. J’étais venu pour parler de moi et peut-être faire valoir des convictions, retrouver la sérénité et les rencontres et partages de cette session m’ont ouvert à davantage d’accueil de la différence à l’intérieur d’une même condition de vie partagée. J’y ai appris l’écoute et l’idée que ma manière de m’assumer n’est pas un modèle. J’y ai fait quelques pas sur un chemin d’humilité pas facile, car la tentation de « l’autojustification » comme de « la revendication » nous guette tous, surtout quand on prend conscience de ce qui a pu nous enchaîner et que l’on aspire à la liberté, voire à faire savoir ce que l’on est.

             Si « Pêcheurs d’hommes » m’a dépaysé en m’ouvrant aux chemins des autres dans la bienveillance et aussi une forme de compassion pour ceux qui « ne s’en sortent pas », ce groupe m’a aidé aussi à davantage d’estime de moi-même. Estime que certaines expériences relationnelles avec des garçons m’avaient fait perdre, sentiment de vivre des aventures successives qui ne construisent rien, mais aussi manque d’estime de moi-même en raison de la discipline officielle de l’Eglise avec laquelle j’avais du mal à composer. Je pouvais toujours m’accuser en confession d’avoir des relations « interdites », je recommençais, sachant que c’est une illusion de penser qu’on en guérit, et je n’envisageais nullement de quitter le ministère qui me passionnait, qui m’apportait tant même si les temps sont durs ! Comment faire cohabiter ces deux réalités qui étaient indivisibles en moi ? Les échanges, parfois animés, lors de nos rencontres « Pêcheurs d’hommes », et la volonté de m’enraciner toujours plus spirituellement dans l’Evangile et le témoignage d’hommes et de femmes ayant fait l’expérience de leur fragilité, de leurs « échardes » comme d’une grâce, m’a conduit non seulement à davantage de paix intérieure mais à découvrir que mon homosexualité pouvait apporter quelque chose de bon à mon ministère.

Mon homosexualité n’est pas un titre de gloire mais travaille en moi une sensibilité pastorale qui me conduit à travailler pour une Eglise de miséricorde. J’ai pris conscience aussi que trop de prêtres niant leurs tendances ou pratiques homosexuelles en viennent parfois à des comportements rigides et froids dans leur ministère, voire à avoir des propos homophobes. Je pense souvent à tous ces confrères qui « rament », isolés et parfois désespérés, sans quelqu’un à qui ils peuvent « tout dire », sans jugement !

Dans le groupe « Pêcheurs d’hommes », en étant moi-même, avec mes ombres et mes lumières, sous le regard des autres et sans inquisition, je me place aussi sous le regard de Dieu ! « Pêcheurs d’hommes » contribue à apprivoiser ce que je suis pour tendre vers l’unité intérieure. Cette unité intérieure ne consiste pas à ce que tout soit « conforme » ou « en ordre ». C’est une marche sur un fil, comme un funambule. Je n’attends pas de trouver dans ce groupe, des réponses toutes faites ou encore que l’on me dise que j’ai raison, mais des pistes pour mettre un peu de clarté dans ce qui en moi est confus, des appels qui me poussent à grandir dans l’amour, la foi et l’espérance.  Pour moi, « Pêcheurs d’hommes » est fait « d’hommes pécheurs », non parce qu’ils sont homosexuels mais parce que personne ne peut prétendre assumer toute sa vie dans la clarté de l’Evangile ! « Pêcheurs d’hommes » m’aident ainsi à sortir de l’autosuffisance qui peut me guetter et à me situer dans une dynamique de progrès.

     Je l’ai évoqué : nos rencontres sont de vrais cadeaux, surtout quand quelqu’un qui porte une épreuve la partage mais aussi quand d’autres apportent des bonnes nouvelles ! Nos rencontres sont d’autant plus un cadeau lorsque des confrères osent rejoindre le groupe et sortent ainsi de leur isolement ! Joie de voir certains en état de « résurrection », retrouvant le goût de vivre, d’aimer, de Dieu et même le chemin d’une plus grande communion en Eglise. C’est donc une fraternité qui se tisse au fil du temps. Je l’apprécie très fort. Elle se vit au long de l’année par des coups de fil, des mails, mais aussi des visites de l’un chez l’autre, des temps de vacances partagés pour certains. Les rencontres « officielles » sont très profitables mais entre-temps, il faut vivre ! Nous sommes plusieurs à éprouver la nécessité de se soutenir ! J’ai bénéficié à plusieurs reprises d’un soutien précieux de plusieurs du groupe alors que je « coulais » ou n’y voyais pas clair ! J’ai tenté aussi de me faire proche lorsqu’il y avait urgence. Evidemment, je n’entretiens pas les mêmes contacts avec tous les membres de « Pêcheurs d’hommes », ce qui ne dévalue rien des échanges avec tous. Ce sont des affinités qui créent une forme de complicité fraternelle et j’en suis reconnaissant à chacun.

       Voilà quelques aspects de mes découvertes de « Pêcheurs d’hommes ». Ce groupe n’est pas parfait puisque j’en suis membre ! Mais vous l’aurez bien compris : j’ai reçu «Pêcheurs d’hommes » comme la main tendue du Christ qui accueille, qui relève, qui accompagne, qui fait confiance. 

Le 26 avril 2017, « Baby », pêcheur d’hommes

* Dignité / Indignité : quel contraste !

Dignité/Indignité : quel contraste !

 

Mardi 25 avril : cour de la préfecture de Police à Paris.

Etienne prononce une allocution de grande qualité en hommage à son compagnon Xavier, devant le chef de l’Etat, les élus, les collègues de Xavier devant la nation entière.  « Vous n’aurez pas ma haine.” Cette haine, Xavier, je ne l’ai pas parce qu’elle ne te ressemble pas, parce qu’elle ne correspond en rien à ce qui faisait battre ton cœur, ni à ce qui avait fait de toi un gendarme, puis un gardien de la paix …..Je voudrais dire à tous tes camarades combien je suis proche d’eux. Je voudrais dire à ta hiérarchie policière combien j’ai vu la sincérité dans ses yeux et l’humanité dans ses gestes. Je voudrais dire à tous ceux qui luttent pour éviter que cela se produise, que ces événements se produisent, que je connais leur culpabilité et leur sentiment d’échec, et qu’ils doivent continuer à lutter pour la paix. Je voudrais dire à tous ceux qui nous ont témoigné leur affection, à ses parents et à moi, que nous y avons été profondément sensibles. Je voudrais dire à ta famille que nous sommes unis. Et à tous les plus proches qui ont été si soucieux de moi, qui ont été si soucieux de nous, qu’ils sont magnifiquement dignes de toi.

A toi, je voudrais te dire que tu vas rester dans mon cœur pour toujours. Je t’aime. Restons tous dignes et veillons à la paix. Et gardons la paix. »

http://www.lemonde.fr/police-justice/article/2017/04/25/je-souffre-sans-haine-l-hommage-vibrant-a-xavier-jugele-tue-sur-les-champs-elysees_5117289_1653578.html#UgzH8QUmJM4ghsk7.99

Comment ne pas être ému, ne pas avoir les larmes aux yeux en écoutant un discours d’une telle intensité, d’une telle dignité ? Merci Etienne d’avoir prononcé ces paroles là, ces mots là, pour rendre hommage à Xavier l’homme que tu aimes. Fier d’être français à ce moment là et de savoir que ces paroles sont possibles dans notre  pays aujourd’hui.

Oui quelle humanité, quel amour sont exprimés ! Merci.

 

Mardi 25 avril et mercredi 26 avril : la campagne électorale continue.

Christine Boutin prononcent des paroles indignes. Elle appelle à voter pour la candidate du Front National pour d’obscures raisons qui font honte à la foi des chrétiens, pour une pseudo-morale « anti-gay » même si ces mots ne sont pas prononcés, je les entends. Comment peut-elle prononcer des paroles aussi indignes, des paroles d’exclusion, de haine, manquant de grandeur d’âme.

La « manif pour tous » lui emboîte le pas. Même propos haineux. L’extrême droite semble soudain avoir revêtues les valeurs de l’Evangile ; elle semble désirable, respectable, chrétienne.

Comment ne pas avoir la nausée, en avoir les yeux embués de larmes de colères devant ces discours haineux ? Des discours indignes. Honte à ceux qui les prononcent au nom de leur foi, pour des enjeux politiques d’une bassesse indescriptible.

A ce moment là je ressens une grande honte d’être chrétien, d’être français, d’être prêtre. 

Oui je suis en colère !

Mais sont-ils dignes de ma colère ?

« Bryan », pêcheur d’hommes

* Témoignage de « Bryan »

C’est au cours de l’été 2016 que j’ai repris contact avec le groupe prêtres « pêcheurs d’hommes » de David et Jonathan. Un premier contact il y a plusieurs années n’avait pas abouti, à cause de moi ; je n’étais pas prêt à franchir le pas, par peur.

Un prêtre responsable du groupe, m’a mis en relation avec un confrère d’un diocèse voisin, qui très fraternellement m’a reçu et présenté l’association David et Jonathan et le groupe Pêcheurs d’hommes.

Au cours de l’automne, j’ai participé à une journée du groupe à Paris, puis en février 2017, à la session de 3 jours. Au cours de cette session j’ai comme chacun, présenté mon parcours.

Déjà au cours de mon enfance, je me savais « différent ». C’est au cours de mon adolescence que j’ai nommé cette différence : « je suis homosexuel ». Une découverte troublante, difficile à vivre, à gérer, surtout qu’au fond de moi j’avais cet appel à devenir prêtre.

Entrant au séminaire, j’ai enfoui cette part de moi-même, niant l’évidence. J’ai ainsi traversé mes années de séminaire paisiblement, sans difficultés.  Les premières années de ministère se sont bien déroulées également. Puis peu à peu, ce qui était enfoui est remonté à la surface, et c’est imposé à moi avec force. Ce fut violent, déstabilisant. Je n’arrivais plus à m’accepter, à m’aimer. Je me sentais submergé, et surtout très seul pour lutter. Il m’était impossible de me confier. 

A 40 ans, j’ai rencontré un ami. Ce fut ma première expérience. Il a su m’apprivoiser, et m’a appris à m’aimer, à m’accepter tel que je suis. J’ai vécu avec bonheur cette belle relation paisible durant plusieurs années, jusqu’à sa mutation professionnelle, dans une région éloignée. Ayant réussi à m’aimer, m’accepter, je n’ai ressenti aucune culpabilité. Cela m’a fait grandir, a modifié en profondeur ce que je suis ; j’ai vécu quelque chose de l’ordre de la libération.

Nous sommes tous différents, par l’âge, nos situations ecclésiales…. Mais j’ai découvert dans cette session de 3 jours, une qualité d’écoute exceptionnelle. Un grand respect, une véritable bienveillance, une fraternité. J’ai rencontré des frères.

Cela n’a pas de prix. Pour moi, c’est important d’avoir un lieu où être en vérité, tel que je suis, avec mes ombres et mes lumières. Je suis très heureux de ces 3 jours, marqués par des échanges, la célébration eucharistique, la convivialité au restaurant pour la dernière soirée. Je remercie les autres membres du groupe de m’avoir accueilli, et je remercie Dieu de m’avoir donné la force de vaincre mes peurs. Cette fraternité est précieuse ; elle est un bon soutien pour pouvoir exercer mon ministère de curé de tout un ensemble de clochers.

Depuis cet automne, des confrères -membres de Pêcheurs d’hommes- d’un diocèse voisin, qui se retrouvent plusieurs fois par an pour dîner, m’ont invité à les rejoindre. Merci à eux.

B.